On fait quoi demain ? 29 Nov 2019

Maintenant que j’ai détaillé notre approche territoriale, il est temps de vous raconter nos changements de posture issus de nos expériences et intuitions récentes. Deux degrés a toujours été engagé, notamment en faveur des villes moyennes, mais notre vision évolue car le monde évolue.

1 – Les facteurs de changement

La crise environnementale est un puissant facteur qui remet la question de la qualité de vie quotidienne au coeur du projet. Nous ne pouvons plus faire de projets inadaptés aux changements climatiques et à la gestion économe des ressources.

L’augmentation du coût du foncier a des incidences très lourdes sur les fins de mois des ménages. La tentation d’emprunter au maximum pour acheter son logement rend les dépenses imprévues difficilement gérables. Aussi, le choix du cadre de vie et les coopérations entre voisins sont autant d’opportunités pour rendre la vie meilleure et moins chère.

Les ménages (trentenaires notamment) qui ne peuvent plus se loger dans les métropoles et qui veulent retrouver un mode de vie « urbain » lorsqu’ils s’installent dans des espaces moins actifs, devraient contribuer à faire évoluer les territoires péri urbains et ruraux.

De manière générale, tout le monde a goûté aux avantages d’une métropole attractive. Le rapport à l’animation a changé. De plus en plus d’habitants souhaitent un « extrait » de centre-ville juste à côté de chez eux.

On rêve de calme mais avec l’animation vraiment pas loin !

Les Français vieillissent, certains en ont marre des tondeuses et du golf, de la solitude. Ils reviennent dans des espaces animés (en ville).

Et enfin, les politiques locales influencent de manière durable les modes de vie mais également les convictions politiques. Il suffit de voir le vote écolo aux européennes et la correspondance avec des collectivités « vertes ».

Bref, l’avenir est dans le local et le local change.

2 – Un urbanisme positif

Les projets d’aménagements sont de plus en plus malins et construire aujourd’hui peut être synonyme d’amélioration de l’environnement au sens large. Nous sortons d’une période où nous avons tellement bousillé les sols et fait disparaître la nature, même dans la campagne (avec l’agriculture notamment), que par de nombreux points, construire amène des changements positifs (fraîcheur avec les arbres, gestion de l’eau, biodiversité, etc). Nous avons eu le plaisir de travailler avec la mairie de Bègles sur la notion d’urbanisme positif (accessible ici) et nous nous sommes attachés à cette notion. Nous intervenons sur le projet des Sècheries dans la même commune (un grand parc habité porté par Aquitanis), nous collaborons avec La Fab sur le projet de renaturation de l’immense zone commerciale de Mérignac Soleil (+ 10 000 arbres à la place des parkings).

3 – Une nouvelle géographie des projets et une activation des lieux

L’enjeu pour les années à venir sera de créer de l’animation là où il y a beaucoup de monde au calme. Et il faudra créer du calme là où il y a beaucoup d’animation. Notre attention se porte de plus en plus vers les territoires au-delà des rocades et des périphériques. Dans un territoire comme la Gironde qui accueille chaque année près de 20 000 nouveaux habitants, plus de la moitié s’installent dans cet espace immense et très hétérogène. Si on prend en compte le vieillissement de la population qui ramène des retraités dans des logements collectifs à proximité des services, on peut être convaincu que ça va bouger un peu partout et c’est passionnant. J’ai grandi dans une raquette de lotissement, plus de la moitié de l’équipe de deux degrés vit désormais à plus de 20 km de Bordeaux, nous avons envie de projets autour de rond-points, dans des anciennes usines à la campagne ! La géographie des projets va changer rapidement avec des parkings de supermarché qui deviennent des centres de vie, des logements collectifs au milieu des lotissements ou en pleine campagne.

4 – Ne pas avoir peur de tomber ou de se couper

En fait, le vrai défi, c’est de remettre tout le monde à l’action. Il y a un temps pour la concertation, un temps pour la participation et puis il y a surtout un temps pour la responsabilisation et l’action. Ce qui fait mal, c’est l’accumulation de normes, de procédures, de responsables pour tout et pour rien. Au lieu de gueuler contre le syndic et l’entreprise d’espaces verts parce qu’il y a une plante qui pousse sur la route, il faut sortir son sécateur et régler le problème. On va revenir à des choses de bon sens (le progrès, c’est souvent revenir aux choses simples que le progrès a lui-même rendu compliquées). Il faut faire évoluer les codes culturels autour de l’environnement. C’est bien l’herbe qui pousse, c’est cool les abeilles, c’est sympa de marcher, c’est pas grave si un enfant tombe, ça peut être intéressant de parler à son voisin avant de lui coller un procès pour sa clôture. Et puis il faut donner envie. Envie de partager, de mettre en commun. Pour revenir au début du texte, notre métier consiste surtout à identifier les lieux et les occasions où les habitants ont envie d’être ensemble. Parce qu’être ensemble, dans de bonnes conditions, ça rend moins con et ça crée du territoire.

Illustration : Julianne Huon (deux degrés)

Donc deux degrés continue en s’engageant davantage dans l’animation des territoires (en évitant que la Terre brûle dans les flammes de l’enfer environnemental). Je relance de mon côté l’observatoire des villes moyennes qui parlera aussi de rural. Ca s’appellera dorénavant Youpi La France ! Il y aura toujours des réflexions, des fictions territoriales, des choses sérieuses, des choses légères. Le but sera encore de donner envie de bouger, de monter des projets, de dire non à Paris, de tenter l’aventure dans des villes qui suscitent l’incompréhension de vos proches, d’avoir tous l’occasion de planter des arbres n’importe où. Bref, de donner une vision positive des changements à venir parce que franchement, Yves Cochet et ses chevaux, il nous fait bien chier!

Bisous.

Mathieu Zimmer

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