Ce n’est pas la taille qui compte ! 25 Nov 2019

Les années passent et bam ! Sans s’y attendre, on en prend 10 dans la tronche. Une décennie de deux degrés, en voilà une bonne occasion pour vous donner quelques nouvelles. Primo, il est temps pour moi, Mathieu, qui écrit ces lignes, de me lancer dans d’autres aventures. Après avoir initié deux degrés en 2010, entouré de Florian et Harold, je me mets à mi-temps pour enseigner et me concentrer sur mon vieux fantasme : réaménager la France (enfin la suite très complète de l’observatoire des villes moyennes qui s’appellera dorénavant Youpi la France !) Secundo, deux degrés va passer en SCOP et Pierre-Marie deviendra le nouveau gérant (il a un beau prénom de directeur). On en profite au passage pour vous refaire l’historique de deux degrés, car c’est souvent très mystérieux dans vos têtes.

Ce qui change surtout 10 ans après, c’est la nature du boulot. Notre métier a évolué en fonction du contexte, des nouvelles exigences, des nouvelles contraintes. Et puisqu’on nous demande souvent d’expliquer notre vision des choses lors des conférences, on en profite pour vous faire un point complet sur ce qu’on a appris, sur notre méthode et sur les évolutions territoriales. Alors bien sûr, résumer le joyeux foutoir de deux degrés est délicat. Harold aime densifier radicalement les faubourgs bordelais, Florian se concentre plus sur la sémantique ou sur les idéaux-types qui foirent, Gabriel a une approche encyclopédique mais pop de la géographie, Julianne s’en fout de l’urbanisme, elle veut juste monter un village de graphistes dans l’Aveyron et Pierre-Marie veut plus de théâtre, moins de concertation. Mais comme c’est moi, Mathieu, qui écrit, je me concentrerai davantage sur mon approche de la ville. Tout cela débouchera avec une subtile fluidité sur ce que fera toute l’équipe de deux degrés dans les années à venir et ce que je ferai également de mon côté avec Youpi la France.

On vous raconte tout ça en cinq parties et en faisant un rappel à nos différentes productions (on se cite nous-même, c’est classe). Et puisque c’est chiant de lire, nous commençons chaque article par une synthèse illustrée.

1 – la géographie est grégaire

L’Homme reste un animal grégaire qui aime être au bon endroit au bon moment (c’est à dire souvent là où la majorité s’accorde à dire que c’est bien). Quand tout un pays dit que Bordeaux, c’est le top, beaucoup de monde s’en convainc et ceux qui en ont la possibilité cherchent à gagner leur place dans ce nouveau paradis. Les médias font des articles, des classements, vos amis en parlent, racontent à quel point c’est bien (même s’ils mentent en disant qu’il fait toujours beau). Il y a un puissant effet d’auto-satisfaction collective qui fait perdre un peu d’objectivité sur la promesse territoriale. Mais tant que la population y croit, ça veut dire que tout va.

2 – La taille est presque le seul critère utilisé pour valider le succès d’une ville.

Chaque année, le recensement donne le verdict démographique. Voici les territoires gagnants (croissance démographique) et voici les territoires perdants (décroissance démographique). Mais dans le fond, on ne sait pas si les nouveaux venus sont heureux ou si ceux les partants ont quitté la ville à contre-coeur. Les élus se jettent dessus, la presse et les bureaux d’études également…Pourtant, la démographie décrit juste les fluctuations de population mais elle ne raconte rien d’absolu sur l’intérêt d’une ville (est-ce qu’on est heureux de vivre ici ? Est-ce qu’on trouve des opportunités?)

3 – Il n’y a pas de liens systématiques entre la taille et la qualité de vie d’une ville

On s’obstine à faire grandir les villes, même celles qui sont déjà très grandes et qui, de par leur taille, offrent des conditions de vie loin d’être idéales à la majorité de ses habitants (c’est ce que disaient les diagnostics des équipes du Grand Paris). Alors bien sûr, dans l’absolu, une ville plus grande offre plus d’opportunités mais encore faut-il pouvoir y accéder…C’était bien l’idée de base de notre premier livre, Le Petit Paris (Grand prix du livre d’architecture) : tenter de montrer que grossir pour grossir pouvait être totalement contre-productif, que cette logique ne reposait sur pas grands choses (à part être en tête de classements…). Quand on pense que plus de la moitié des Franciliens veulent quitter l’Ile-de-France, c’est aberrant. Ce n’est pas la taille qui compte mais bien le contenu, ainsi que la qualité et l’accessibilité des interactions (voilà des grands principes de base de la géographie).

L’introduction du Petit Paris analyse différents critères (plus ou moins de mauvaise foi) pour évaluer les plus-values apportées par la taille de Paris et met en avant cette contradiction entre le grand potentiel d’opportunités et le réel usage de ces opportunités.

Ici, un article analysant le fond du Petit Paris (paru sur Slate en 2013).

Là, l’introduction du Petit Paris, pour les Parisiens qui en ont marre 🙂

4 – Opportunités et accessibilité

L’intérêt premier d’une ville est d’offrir le maximum d’opportunités et d’interactions positives. Ce n’est pas tant le nombre total de ces opportunités qui comptent mais bien leur accessibilité (vivre en Ile-de-France mais à 1h30 de toutes les événements parisiens, ce n’est pas intéressant). Il faut donc que la proximité d’êtres humains créent de belles choses et que celles-ci soient proches de leur public. Plus nous aurons des territoires actifs, plus nous aurons des possibilités de choix résidentiels. Nous devons avoir un regard positif sur les territoires, qui dépassent largement ces questions d’attractivité. Nous devons révéler des métropoles, des villes moyennes, des territoires ruraux. Ce n’est pas la taille qui compte, c’est la capacité de les activer en mobilisant du mieux possible les habitants et les usagers.

L’observatoire des villes moyennes propose des fictions territoriales. Nous avons imaginé des futurs possibles pour des villes souvent snobées. Ces futurs étaient construits autour des réalités du terrain, de leurs spécificités. Les histoires peuvent bien finir, parfois elles finissent mal. Mais elles parlent toujours d’identité, d’affinités, de ressources locales, de stratégie de différenciation, loin des métropoles dynamiques.

5 – Pour un urbanisme affinitaire

Chez deux degrés, on a toujours mis en avant les liens entre modes de vie et territoires. Les habitants ne se ressemblent pas, les territoires ne se ressemblent pas et tout l’intérêt est de faire correspondre des envies communes avec un lieu adapté. C’est l’objet de notre second livre, Le Méga Grand Bordeaux, qui raconte la saturation de la métropole girondine et les façons dont les territoires alentour pourraient accueillir des habitants liés par des projets et des modes de vie communs. C’est notre façon d’envisager l’aménagement, en favorisant des villes étudiantes par exemple ? Mais avant de parler méthode, reparlons de la nature d’une ville dans la prochaine partie.

Le Méga Grand Bordeaux, livre de prospective sur les évolutions de la Gironde, est construit en deux parties. Première partie : le récit d’un grand projet institutionnel infaisable. Et seconde partie : les récits de différents territoires dont le destin et la programmation sont en grande partie portés par les habitants. Ces projets fictionnels illustrent des combinaisons possibles entre usagers, modes de vie, pratiques et territoires à l’échelle de la Gironde. Mais le livre peut se décliner sur d’autres territoires en fonction du contexte. Le contexte, toujours le contexte !

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