Les lecteurs réguliers le savent, un certain nombre de nos fonds de commerce consistent à vous alerter sur les risques de l’idéalisme et des bons sentiments en urbanisme. Sur les excès et les contradictions qu’ils supposent, surtout lorsqu’ils se font normatifs. Sur la platitude d’écriture de ceux qui les portent. Des fois que vous n’ayez pas compris, nouvelle démonstration.

Dans le numéro de Techni.Cité du 8 mai dernier (n°209), autrement dit dans une presse un minimum professionnelle, nous sommes tombés sur un article intitulé « Les surfaces vitrées : un piège pour oiseaux » et donc destiné à alerter le monde de l’urbanisme sur le gigantesque ornicide commis chaque année. Inutile de préciser que nous nous sommes immédiatement sentis très concernés par un problème « qui n’est pas suffisamment pris au sérieux par les professionnels de la construction ». Les petits oiseaux et leurs élégants gazouillis sont pour nous l’un des piliers de la ville verte que nous appelons de nos vœux. Et puis qui oserait être contre les petits oiseaux ?

Il faut donc en tirer des enseignements et, vous nous connaissez, nous ne sommes pas du genre à faire les choses à moitié lorsque nous avons une belle idée urbaine à concrétiser ! D’autant que la conclusion de l’article est sans appel : « Il serait intéressant que les mesures de prévention des collisions d’oiseaux soient inscrites dans les directives des normes pour la construction ». Des directives, des normes… voilà un discours qui nous plait ! Alors OK, allons-y, créons une ville verte qui soit enfin oiseau-responsable. Et quitte à faire les choses bien, partons d’un écoquartier déjà bien sous tous les autres rapports afin de l’améliorer encore, en y ajoutant le respect de nos petits compagnons à plumes.

Source : La documentation française. Problèmes politiques et sociaux. « Écoquartiers et urbanisme durable. » N° 981 février 2011. Taoufik Souami.

 

L’article le dit lui-même (en sous-titres s’il vous plait) avec une rare virulence et non sans une certaine originalité : « les dégâts sont irréversibles alors que des solutions existent » et « mieux vaut prévenir que guérir ». Inspirons-nous donc de ses constats et recommandations.

Premier ennemis des oiseaux : les arbres.
« Le reflet de la végétation fait croire aux oiseaux se trouvant dans les arbres qu’ils ont en face d’eux un habitat propice. »
Habituellement on nous explique que les grands arbres proches des habitations sont nos éco-amis car ils apportent de l’ombre l’été et laissent passer la lumière en hiver. Mais si c’est pour tuer les petits oiseaux, mieux vaut se passer de ces meurtriers : on vire les arbres à proximité des immeubles.

Deuxième ennemi : la transparence.
« Pour éviter les collisions de manière efficace, il faut rendre visible les surfaces transparentes aux oiseaux. De nombreux marquages testés faits de verre serigraphié ou de films plastiques ont donné de bons résultats. »
Halte à cette architecture prétendument bioclimatique, qui cherche à capter au mieux l’énergie solaire pour la restituer dans les maisons ! Arrêtons la course au photon dans le but de nous chauffer à moindre coût ! La vie des petits oiseaux ne mérite-t-elle pas un peu d’opacité ?

Et puis allons plus loin, dernier ennemis : le verre en général.
« Passerelles, garages à vélos, abribus, vérandas, murs antibruit, façades réfléchissantes d’immeubles… Le verre tient aujourd’hui une place considérable dans l’architecture moderne. Considéré comme esthétique, cet élément ne cesse de se développer (…). Il y a d’innombrables situations dans lesquelles les vitres, permettant la vue sur l’environnement situé derrière, deviennent un problème pour les oiseaux. »
Aller, on dégage les passerelles, les arrêts de bus… et de tramways, parce que c’est même combat, les murs antibruit, les vitrines des magasins et immeubles de bureau toujours trop vitrés (mixité fonctionnelle, mon cul !), on oublie les façades double peau soit disant bonnes pour l’environnement… Bref, on vire toutes ces surfaces vitrées qui qui permettent de voir au-delà des murs et qui ne sont pas bien pour nos amis les oiseaux.

Voilà, on le tient notre oiseau-label. Et par rapport à ce qu’était l’écoquartier au départ, y’avait du boulot. Petit supplément d’âme, on peut ajouter à notre oiseau-quartier une touche vintage années 40 ou bas Moyen-âge pour les amoureux du patrimoine… mais que tout cela ne vous empêche pas de penser aux mangeoires !

Parce que le chant d’un oiseau, ça n’a pas de prix et que ceux qui sont contre les oiseaux et leur protection ne sont que d’immondes personnages (et Alfred Hitchcock avec eux) ! Courage, encore une ou deux idées comme ça, et on va réussir à remettre en cause la pertinence des êtres humains.

NB : si, comme la Roche sur Yon, vous êtes en lutte contre les inondations de guano et plus particulièrement contre les étourneaux (ou les pigeons), vous pouvez aussi reprendre les grandes idées de cet article et en tirer des leçons contraires, afin de mieux massacrer ces saletés de piafs !

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2 Commentaires

  1. Mathieu
    24 janvier 2012

    Les rouge-gorges sont des cons

  2. Mathieu
    11 janvier 2013

    C’est radical mais une réaction s’imposait.

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