Des petites villes et villes moyennes accueillantes (partie 2)

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Smaller than life !

Chez deux degrés on a toujours plaidé pour avoir des villes thématisées, des stratégies pour se différencier qui jouent avec les forces des territoires. On aime quand une ville raconte une histoire parce que c’est une ville dont les habitants sont fiers, qui en « font la pub » et qui donne envie de s’y installer.

Grosso modo mieux vaut avoir trois chatons au classement des villes les plus accueillantes pour les félidés que rien du tout. Et surtout, il faut savoir placer ses efforts au bon endroit, cela ne sert à rien d’essayer d’attirer les étudiants s’il n’y a pas de bar dans le centre-ville ou de rajouter s/mer après le nom de la commune pour espérer avoir des touristes… alors que la plage est à côté du port méthanier.

Partant de ce point de vue, on a essayé de lancer quelques pistes qui nous semblent intéressantes à creuser pour faire des petites villes et villes moyennes des villes plus accueillantes et enthousiasmantes.

1 – des villes accueillantes

Il nous paraît important de définir une stratégie d’accueil des néo-arrivants. Plutôt que de s’en remettre aux seuls documents d’urbanisme et aux PLH cela nous semble plus mobilisateur d’anticiper et de donner envie. Autant s’engager et assumer le degré d’accueil de sa commune, de la ville un peu ou moyennement accueillante, à la ville super accueillante.

Être une ville moyenne accueillante c’est aussi se projeter et imaginer le profil des néo-arrivants, les nouveaux usages qu’ils vont susciter. Par expérience, ce sont souvent les nouveaux arrivants qui bouleversent les usages en apportant un regard neuf, en se regroupant sur cette place qui n’était jamais utilisée ou en demandant un trottoir entre le collège et le gymnase parce que les gamins font le chemin en trottinette électrique.

Nous pensons qu’il est important de partir des usages que l’on veut susciter plutôt que de penser que c’est l’aménagement qui va créer l’usage. Malheureusement il ne suffit pas de refaire les espaces publics de la rue piétonne pour que les gens reviennent faire leur courses dans le centre-ville. Selon nous, il est préférable de partir de l’usage que l’on veut susciter pour tenter d’y apporter une solution. Sauver l’école ? Comment accueillir 100 jeunes de moins de 35 ans ? Réutiliser le parking de la gare routière ? Construire une aire d’accueil de vans-aménagés et devenir un incontournable des détours de France ? Sauver les commerces indépendants ? Comment faire une maison de retraite dans le centre-bourg ?

Plutôt que se positionner simplement comme une alternative plus petite et moins intense que la métropole régionale la plus proche, cela nous paraît stimulant de se mettre dans une position d’accueil pour imaginer quelles sont les ressources de sa ville.

2 – des services urbains renouvelés

Il existe une certaine nostalgie pour les centres-villes des villes moyennes et bourgs ruraux, avec leurs enseignes de boucherie chevaline à la typographie seventies ou leurs boutiques d’articles de sport délicieusement désuètes. Passée la nostalgie, on observe une offre de services urbains souvent en décalage avec la demande des habitants qui, du coup, ont tendance à délaisser les centres-bourgs pour utiliser les services disponibles en proche périphérie. Que ce soit la salle de fitness, la biocoop, la maison de santé ou la brasserie proposant des afters-work, le calcul est vite fait, on se gare facilement (et gratuitement) et on a tout à proximité.

Jul teste les micro-mobilités

Chez deux degrés, on pense qu’il ne faut pas blâmer mais plutôt prendre acte de ce phénomène pour diversifier et renouveler l’offre de services urbains dans les centres-villes, et densifier et compléter l’offre de services déjà présente en proche périphérie. Concrètement, il s’agit de limiter la tâche urbaine en périphérie et de trouver des leviers pour, soit densifier, soit renaturer les zones commerciales qui sont des espaces de référence pour de nombreux habitants. Pourquoi pas faire un grand parc à chiens sur le talus du centre-commercial puisque les habitants le demande ? Comment installer le centre technique municipal dans la zone commerciale plutôt que d’utiliser le foncier du centre-bourg ? Peut-on construire des logements plus compacts dans ces zones bien équipés plutôt que de rogner sur les terrains agricoles ?

Parallèlement, cela laisse la place dans les centre-bourgs patrimoniaux pour faire des choses différentes et miser sur la qualité des espaces. Il est vrai que le patrimoine bâti présente souvent des qualités architecturales, mais qu’il est mal adapté pour les usages actuels. Il s’agit de trouver et de soutenir les services urbains qui sont intéressés par des locaux de centre-ville plus contraignants mais qui sont porteur d’une image positive.

projet revitalisation à Valdallière (14) © Territoires Pionniers

Les métropoles ont leur friches créatives, des espaces hybrides qui symbolisent pour le grand public leur créativité et leur dynamisme, mais qu’en est-il des villes moyennes ? Il ne s’agit pas de copier une formule pour la répéter à moindre échelle. En fonction de la spécificité de chaque ville, il convient d’identifier des leviers pour redonner une fonction à des centres-villes en crise. Parfois cela passe peut-être par un espace public innovant et fédérateur : le playground de basket dans un ancien immeuble plutôt qu’un city-stade lambda ? Parfois par une thématique poussée et affirmée par la ville : des logements pour les saisonniers dans les vieux immeubles réhabilités ?

L’enjeu est de trouver des idées adaptées au contexte pour ces centre-villes qui ont parfois perdu tous les attributs de la centralité et ont vu leur population se paupériser. Si la maison de santé, le siège de la communauté de communes et la boulangerie sont en entrée de ville, il faut trouver autre chose pour attirer les habitants.

un week-end à Villingen-Schwenningen (Allemagne)

Nous pensons qu’il faut être attentif aux usages et valoriser les initiatives qui permettent de rendre plus enthousiasmante la balade du centre-ville pour proposer une expérience urbaine qui soit complémentaire de l’offre de périphérie. Pour cela, pourquoi pas plus de vert et de fantaisie dans les villes moyennes !

3 – des villes pour marcher

Pendant que la plupart des métropoles ont développé leur culture du projet urbain, en aménageant les tramways, en réaménageant des friches ou leurs quais, on pourrait caricaturer en disant que certaines villes moyennes se contentent de faire de l’embellissement, ou de reprendre à leur compte les méthodes des métropoles avec quelques années de décalage.

Aujourd’hui, il y a une opportunité à saisir pour les petites villes et villes moyennes en jouant à fond la carte de la proximité et de la nature en ville. Il n’y a pas de raison pour qu’on accorde moins de place au végétal parce qu’il y a la forêt à 10 minutes. Avec la restriction des déplacements à 1 km lors du confinement, nous avons expérimenté combien la proximité immédiate de son logement était importante et combien l’échelle piétonne doit être cultivée dans les projets d’aménagements urbain. Comparé aux métropoles, on remarque que les petites villes et villes moyennes sont souvent moins praticables à pied et à vélo, il est parfois compliqué d’aller du nouveau quartier résidentiel à l’école Jacques Prévert récemment inaugurée. Pour être plus accueillantes, il y a besoin de réadapter les petites villes à la marche à pied et aux nouvelles mobilités qui sont encore peu développés.

Il nous semble important de proposer des espaces publics accueillants mais aussi réversibles, cela permet de réaliser des espaces publics à coût maîtrisé et de confirmer les aménagements dans le temps ou de les faire évoluer en fonction des besoins. Cette approche plus sobre doit permettre de préserver la biodiversité et les continuités écologiques dans les petits pôles urbains.

Chez deux degrés on plaide pour des aménagements frugaux, moins de bitume et moins d’enrobé qui envahissent les petites villes. Il est anachronique de voir aménagés des milliers de mètres carrés de surfaces imperméabilisées dont on pourrait largement se passer. As-t-on vraiment besoin de stationnement bitumé dans la zone d’activité ? Pourquoi un si grand parking en enrobé devant la nouvelle halle qui est utilisée 30 jours par an ? Un particulier as-t-il besoin d’aménager son jardin comme une plateforme logistique de Brico Dépot ?

un village breton écolo à Langouët (35)

Bâtir des villes pour marcher est pour nous la meilleure façon d’aménager des espaces vivables et confortables et de dessiner des quartiers plus en rapport avec les aspirations des habitants.

4 – de la fantaisie !

Pour rendre les petites villes et villes moyennes plus accueillantes nous pensons qu’il faut assumer un parti-pris et une dose de fantaisie pour porter des projets locaux qui vont susciter l’intérêt et fédérer les habitants. Chaque petite ville ne peut pas avoir son « mini-guggenheim » mais elle doit réfléchir à des lieux ou des moments fédérateurs pour les habitants.

Nous pensons qu’il faut éviter d’avoir une vision trop patrimonialisante des petites villes pour favoriser des lieux ou des terrains d’expérimentation autour desquels peuvent se forger des communautés de projets porteuses de dynamisme. En ce sens, la stratégie d’accueil des néo-arrivants est un bon point d’appui car cela permet de se projeter, et avec leur regard extérieur, ce sont souvent de bons alliés pour faire évoluer les usages.

Chez deux degrés nous pensons qu’il faut attacher une place importante aux usages déjà existants et à l’expérimentation pour définir sa stratégie de ville accueillante. Il s’agit de convaincre et fédérer autour de petits projets qui donnent envie, cela peut être un projet d’espace public, un projet de réhabilitation d’un îlot dégradé ou même un projet thématique autour de l’alimentation ou de la mobilité.

Il n’y a rien de plus puissant que la démonstration. Si une commune peut fournir 100 % de ses cantines en produits bios et locaux ou que la grande place du centre-ville a été renaturée et plantée, cela a une très grande force symbolique. C’est un objectif simple dont les habitants peuvent être fiers et le raconter à leur entourage. On pense à des exemples comme la régie municipale agricole de Mouans-Sartoux (06), le projet Street-Art City à Lurcy-Lévis (03) ou des initiatives comme le réseau bruded en Bretagne qui promeut le partage d’expériences sur des réalisations concrètes.

Les petites villes ont des atouts pour accueillir les déçus ou les recalés des métropoles mais pour l’instant cela concerne surtout les gens qui peuvent télétravailler ou adapter leur mode de travail en conséquence. Qu’en-est-il des artisans ou des services à la personne par exemple ? Cela pose la question de comment on aménage des nouvelles formes de « co-working », de locaux artisanaux ou de services dans ces petits pôles urbains. Si le télétravail se confirme dans la durée, cela va créer de nouveaux besoins qu’il s’agit d’anticiper pour les collectivités.

Profitons-en ! Parions sur l’hospitalité des petites villes et villes moyennes pour remettre de l’envie et de la générosité dans les territoires. Les nouveaux mandats municipaux ont commencé, en s’appuyant sur cette volonté d’accueil c’est l’occasion de définir une vision des aménagements et des projets locaux. N’hésitez pas à nous faire des remarques ou à partager des références de projets, on prépare une troisième partie de l’article avec les projets qui nous plaisent et nous inspirent.

Gabriel (illustrations et texte)

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