Des petites villes et villes moyennes accueillantes (partie 1)

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Déménager à Brive-la-Gaillarde

C’était la rentrée des classes il y a un mois et la moitié de nos amis veulent devenir guide VTT à Royan, fromager à Périgueux ou gérant de airbnb à Bayonne… Forcément cela nous interroge. Il y a à peine 2 ans, le mouvement des gilets jaunes a mis en exergue les délaissés de la métropolisation et les difficultés économiques d’une partie des habitants vivant en lointaine périphérie des métropoles. Et hop, moins de 2 ans plus tard, la crise de la Covid et le confinement ont remis en lumière les attraits de la vie à la campagne et, par ricochet, de certaines petites villes et villes moyennes. Parmi les arguments principaux on convoque le plus souvent leur échelle plus humaine, leur rythme moins frénétique et leur plus grande proximité avec la nature. C’est sûr, elles ont l’avantage de combiner prix du m² attractif et club de handball loisirs, mais entre les agents immobiliers qui essayent de faire croire qu’un T3 à Bourganeuf est un bon placement, et le couplet sur la crise des centres-bourgs et le retrait des services publics, il y a de quoi être un peu paumé…

Le jeu des dominos

Et si la force centrifuge de l’Ile-de-France, une démographie globalement positive à l’échelle nationale, et l’aspiration pour un cadre de vie plus « rural » finissait par revaloriser les petites villes et villes moyennes dans les bassins de vie dynamiques ?

Il est vrai que l’attrait pour le rural n’est pas nouveau, l’Insee montre que le rural gagne des habitants depuis le recensement de 1999 mais c’est surtout dans le sillage des grandes aires urbaines dynamiques que l’attractivité est la plus forte. En réalité, c’est plutôt le pavillon en périphérie de Toulouse qui est attractif plutôt que la maison de bourg à Montauban.

Au jeu des vases communicants, les métropoles régionales ont clairement la côte avec leur offre de service de qualité, un cadre de vie soit-disant plus agréable et des Spritz en terrasse un peu moins chers qu’à la capitale. Parmi celles-ci, les plus dynamiques comme Nantes, Bordeaux ou Montpellier rejouent le match à l’échelle locale et sont soumises à une forte pression immobilière liée à l’attractivité résidentielle. Cela n’est pas nouveau, mais la pérennité du phénomène contribue en bout de chaîne à renforcer l’attractivité des campagnes reliées et des petites villes et villes moyennes dans ces bassins de vie.

Concernant les nouveaux habitants qui s’y installent, on observe aussi que le citadin qui habitait à Lyon ou à Bordeaux a moins de scrupules à déménager à Villefranche-sur-Saône ou à Libourne. Cela n’est pas la majorité mais certains urbains préfèrent shunter la périphérie vue comme standardisée et ennuyeuse pour s’installer dans les petites villes et villes moyennes.

Chez deux degrés on pense depuis longtemps que la demande de nature et la pression foncière sur les métropoles régionales convergent pour redonner de l’attractivité aux campagnes bien reliées et aux petites villes et villes moyennes. Et comme, avec la baisse des moyens des collectivités, l’heure n’est plus vraiment aux grands travaux d’infrastructures, les villes déjà bien dotées en équipements ont leur carte à jouer. Quand on accueille des urbains habitués à avoir tout à proximité, c’est toujours pratique d’avoir un Hôpital, un TER, une place vivante avec une brasserie, un stade et un Leroy merlin. Et avec un festoche et un grand parc arboré en centre-ville c’est encore mieux.

Désolé pour les sous-pref’ qui ne bénéficient ni de la proximité du littoral, de l’héliotropisme, de l’attractivité d’une grande ville mais ça risque de pas trop changer dans l’immédiat. Au moins vous êtes tranquille, il y aura moins de ratés et les buralistes pourront continuer d’éditer la carte postale avec une photo datant de 1982.

La complémentarité des villes à l’échelle régionale

Dans un précédent article, nous avions listé à chaud quelques leçons que le confinement nous a appris (lien). Dans le désordre, l’importance de la qualité du logement, la proximité et l’accès à la nature, la possibilité du télétravail, l’augmentation de la marche, du vélo et des 2 roues motorisés (peut-être au détriment des transports collectifs). Mais aussi une tendance un peu bipolaire à consommer à la fois localement et via les plateformes de livraison, l’envie de réinvestir la sphère locale et associative, etc.

De la même façon que les géographes débattent (depuis longtemps) de la validité des outils de mesures comme le PIB, l’IDH ou le BNB pour saisir la bonne santé des territoires, il semble que les indicateurs des aménageurs soient inopérants pour saisir la bonne santé et surtout la bonne complémentarité des territoires ruraux et urbains à l’échelle régionale. Sans apporter de réponses, nous pensons qu’il est illusoire de penser que seule l’attractivité démographique est un indice de bonne santé du territoire, au même titre que le PIB/habitant mesurerait le « niveau de vie ».

Nous pensons qu’il faut aussi porter attention aux données qualitatives du développement urbain régional, le territoire est-il accueillant ? Les rapports entre petits, moyens et grands centre-urbains sont-ils équilibrés ? Le territoire rural est-il accessible pour les urbains et vice-versa ? Les habitants sont-ils satisfaits d’y vivre ?

On a vu que certains concepts que les urbanistes ont l’habitude d’utiliser suscitent davantage d’intérêt de la part du grand public : besoin de rapprocher lieu de vie et lieu d’emploi, possibilité de désynchroniser les horaires de travail, promouvoir la nature en ville et en proche périphérie, rendre la rue plus praticable pour tous les usagers, etc.

Mais comment faire pour les petites villes et villes moyennes pour accueillir les néo-arrivants quand on a peu de moyens techniques et humains ? Quelles sont les pistes à lancer ou à éviter ? On a essayé de dresser une liste, pas forcément nouvelle ou exhaustive, histoire de lancer le débat. On en parle dans la deuxième partie de l’article.

Gabriel (illustrations et texte)

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