Le quotidien, la proximité et l’action 28 Nov 2019

Quatrième article méthodologique sur notre vision de l’urbanisme dans les années à venir. Aujoutd’hui, on parle de quotiden.

1- La vie, c’est le quotidien

Nous avons crée deux degrés car les professionnels de l’aménagement ont un vilain défaut. Ils n’aiment pas parler de la réalité, du quotidien. Il y a beaucoup trop d’usages qui passent sous le radar, probablement pas assez nobles ou esthétiques pour les images de projet. Mais une chose est sûre, et c’est notre crédo : le quotidien est ce qui importe le plus aux habitants. Garer sa voiture, déposer les enfants à l’école, faire ses courses, dormir au calme, boire un verre avec des amis, sortir sa poubelle… C’est tout cela qui compose l’essentiel de la vie quotidienne. Il faut donc en parler et le prendre en compte. Une ville qui marche, c’est une ville qui donne envie d’être dehors, même à 8h30 du matin.

2- La vie, c’est aussi la proximité

On a beau bouger de plus en plus avec les avions low-cost et les locations airbnb, on reste tout de même profondément ancré dans la proximité. Dans une ville dense, l’échelle qui compte, c’est celle du quartier (dans des territoires moins denses, tout se fait en voiture, les perceptions sont donc très différentes). Parce que c’est chiant d’avoir une voiture en ville, on privilégie la marche à pied, le vélo, le métro. Et faire plus de 400 mètres à pied, ça lasse. Du coup, un quartier qui donne envie, c’est un quartier où il y a tout.

3 – Le quotidien, ce doit être pratique

Depuis bientôt 10 ans, nous sommes sur le terrain avec les habitants, les usagers. Notre métier, c’est en partie de gérer ce qui a été mal pensé ou pas pensé par les architectes, les urbanistes ou les paysagistes (qui ne sont plus en contact direct avec les usagers qui utilisent leurs aménagements, une fois qu’ils sont livrés). Nous faisons le service après-vente, nous enquêtons, nous parlons avec les personnes que nous croisons. Ils ont une demande forte et très simple : rendre le quotidien plus pratique. Et lorsque nous faisons attention au quotidien, nous faisons aussi du projet. Il faut remettre le quotidien au centre de la réflexion (nous sommes Bordelais, nous savons ce que c’est des espaces publics qui glissent quand il pleut, des rues sans bancs, des balades sans arbres, des vélos sans pistes ni garages…)

Abribus – Cuiabá – Gustavo Duarte / Prefeitura de Cuiabá (article urbanews)

4 – Et puis il y a la fin du monde qui modifie un peu le quotidien

Le réchauffement climatique, la malbouffe, la pollution, le fait de rester son cul posé sur une chaise pendant des heures pour écrire et répondre à des mails sont tout de même des choses très concrètes qui viennent pourrir le quotidien. Mettre des arbres pour tempérer le climat, produire localement, ne pas se déplacer pour rien sont des éléments qui ont du sens par contre. Cela crée des espaces, des paysages, des usages quotidiens mais aussi du lien entre habitants et usagers. On partage davantage autour d’un compost que sur une place publique quelconque (et c’est visiblement l’enseignement principal des budgets participatifs).

5 – L’émergence des initiatives locales

Pour toutes ces raisons, nous nous intéressons aux initiatives citoyennes, qui ont pour nous l’intérêt de rapprocher usagers partageant des envies communes, modes de vie et territoires (tout ce que nous aimons). Elles ont aussi l’intérêt de pouvoir parfois avancer sans COTECH, COPILS, validations, inauguration par un élu. Comme nous l’avons dit précédemment, dans le Méga Grand Bordeaux, nous avons imaginé l’émergence d’initiatives territoriales citoyennes : un village géré par des chasseurs, une coopérative d’habitants modestes dans un lotissement pavillonnaire, des bricolos qui veulent faire sans CERFA. L’objectif est de développer un territoire autour de pratiques communes, de règles de vie partagées.

6 – Ce n’est pas magique

Bien entendu, il ne faut pas s’attendre forcément à des solutions miracles. Les habitants sont plein d’égoïsme, ils sont bien souvent très auto-centrés. Il y a des cons…Certaines de leurs idées sont de belles idées, d’autres sont des projets défensifs remplis de craintes. C’est à la puissance publique de montrer la voie, de mettre des limites, d’accompagner dans le sens de l’intérêt général et d’éviter les effets négatifs. La démocratie participative, c’est loin d’être merveilleux et idéal. Cela peut être très long, très fatiguant, très frustrant. Il faut savoir l’utiliser au bon moment, au bon endroit et faire avec toutes les personnalités complexes des habitants et des usagers.

Pour voir tout ce qui rend un projet territorial très long et très pénible à porter, vous pouvez vous reporter à la liste non exhaustive des emmerdes dans le Méga Grand Bordeaux (concertation, réglementations, jeux d’acteurs entre institutions, aucune prises de risques…)

7 – Actions et réflexions locales

Lorsque nous accompagnons des opérations d’aménagement, nous mêlons donc réflexions collectives et actions individuelles. Il faut savoir fonctionner autant par démonstration que par intelligence collective. Il y a des phases où nous réalisons des petits projets nous-même, pour créer de nouvelles situations. Nous travaillons également avec les acteurs les plus moteurs qui sont capables de tirer un projet très rapidement. Ainsi, nous arrivons à transformer rapidement un lieu et convaincre petit à petit les indécis et les sceptiques. Cela marche avant tout à l’envie et à la spontanéité (et avec la confiance des collectivités et des aménageurs). En parallèle, il y a des phases où nous nous mettons autour de la table pour définir ce qui semble être les opportunités et les envies les plus porteuses et les plus partagées.

Dans le Méga Grand Bordeaux, nous avions imaginé une façon de faire du projet territorial en faisant appel aux initiatives citoyennes. C’est ce qu’il se passe dans plusieurs pays européens depuis des années d’ailleurs, mais il faudra l’adapter aux spécificités françaises (on n’aime pas ses voisins, on adore les clôtures, on râle). Cela arrive, comme en Haute-Garonne par exemple (https://www.haute-garonne.fr/haute-garonne-demain).

Dans la seconde partie du Méga Grand Bordeaux, nous racontons un projet territorial qui repose sur la prise en compte des projets territoriaux portés par des citoyens. Le rôle des collectivités évoluera vers davantage d’accompagnements aux projets. Ce ne sont plus les fonctionnaires et les élus qui ont toutes les idée mais ce sont eux qui aident à les réaliser.

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