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Je viens de prendre connaissance du projet délirant proposé par les Médocains pour la ceinture douce bordelaise. Recréer une seconde péninsule pour ne pas être dérangé par les autres citadins. Quelle erreur ! Un tel refus d’urbanité est inconcevable à notre époque. Alors bien sûr, on peut se dire que ce n’est qu’une idée bizarre passée dans la tête des lointains voisins des Bordelais mais ce serait pour moi une erreur d’interprétation. Les Médocains en sont arrivés à proposer ce genre de projet à cause de leur mode de vie, eux qui sont isolés dans leurs lotissements pavillonnaires sans âme.
Le lotissement est une ineptie urbaine. C’est une forme de négation de la ville et du développement durable. Forme très poussé de l’égoïsme, le pavillon contribue à démolir nos paysages, à encourager le chacun pour soi, à multiplier les raquettes de contournement et à gaspiller nos ressources. L’apparition du crépi rose et du crépi bleu constitue d’ailleurs une nouvelle étape de dégradation et de décadence de l’urbanisme français.
Les urbanistes le savent et communiquent largement sur cette question. Pourtant après des années de travail pédagogique, les résultats sont loin d’être concluants et les zones pavillonnaires continuent à se multiplier dans les périphéries de nos villes. Les gens s’obstinent à s’entasser dans leur maison individuelle. Un internaute éclairé nous rappelle que la responsabilité des habitants est engagée si l’on considère que les individus sont responsables exclusivement de leurs décisions. Comment expliquer alors leurs choix ?
- « Pourquoi vouloir 110 mètres carrés pavillonnaires quand on peut avoir 80 mètres carrés mieux disposés dans une maison d’architecte ?
- Pourquoi vouloir habiter de grandes surfaces quand on peut tout à fait vivre dans quelques mètres carrés de moins mieux construits ou mieux placés ?
- Pourquoi vouloir la même maison moche que ses 50 voisins, alors qu’on pourrait avoir une maison avec du cachet et adaptée à son environnement ?
- Pourquoi vouloir le calme de la campagne tout en croyant être en ville, même si cela veut dire habiter tellement loin du centre qu’on ne s’y rend qu’en voiture ? »
Quoi qu’on dise, aucun argument sensé ne justifie de vivre dans une maison en crépis rose dans un lotissement lointain. Pourtant, leurs habitants ne veulent pas l’entendre. Alors, bien souvent, les parents invoquent les enfants. « Je veux une maison avec un jardin pour élever mes enfants ». Mais est-ce vraiment le souhait de leurs enfants ? A-t-on déjà entendu un enfant demander à aller vivre dans un lotissement pavillonnaire ? Un enfant préfère t-il réellement se faire gronder pour avoir tirer avec un ballon dans les roses du jardin, prendre son vélo pour aller au collège, attendre maman qui le ramène de chez ses copains qui habitent loin, faire du roller seul dans sa rue vide ? Bien sûr que non. L’enfant, dès son plus jeune âge, recherche l’urbanité, la qualité de vie de centre-ville. Faire du vélo avec ses amis sur un parcours de santé, passer à la médiathèque de quartier après l’école, rencontrer d’autres joueurs sur un city stade.
Utiliser ses enfants pour se justifier d’aller vivre dans un lotissement, c’est inacceptable ! Regardez les enfants des lotissements, observez leur léthargie, leur repli sur soi, à jouer seul au ballon contre un muret en crépis. Le lotissement pavillonnaire est en train de briser notre jeunesse.
Il serait peut-être temps de se rendre compte du danger qui menace le pays si on continue à multiplier ce type d’habitat et intensifier la transformation des comportements qu’il génère. Rappelez-vous du texte de Cristina Conrad sur le lotissement pavillonnaire (texte rédigé le 18 août 2006 – elle était alors présidente de l’ordre des architectes de l’Ile-de-France) :
« Nous reproduisons à l’horizontale, les caractéristiques des banlieues : cités-dortoirs, espaces sans âme, répétitivité, uniformité, banalité architecturale, absence d’espaces publics et de rencontre, etc.
Méfions nous qu’après la crise des banlieues, nous ne devions faire face à la crise du pavillon.
Chacun le sait mais qui ose dire que le mitage, la marée pavillonnaire détruisent le paysage, l’identité des lieux et le sentiment d’appartenance ? Ces lotissements sont d’autant plus inquiétants qu’ils sont, une fois construits, irréversibles et catastrophiques en matière de développement durable. Ils consomment de l’énergie, des espaces agricoles, des routes, du temps, les deniers publics, et surtout ils exposent leurs propriétaires à une fragilité financière. (…) Sont édifiantes aussi les réactions de repli dans un entre soi protecteur qui sapent le vivre ensemble et aboutissent parfois à la peur et au rejet de l’autre. »
Reprenons la comparaison de Cristina Conrad avec les cités de banlieue qui, nous la savons tous, transforment les jeunes en délinquant. Cette transformation de comportement s’explique par la forme urbaine et le manque d’urbanité de ces cités. Ne voit-on pas que les lotissements ont le même effet ? Il ne s’agit peut-être pas de délinquance dans le sens classique, mais davantage de délinquance éco-citoyenne, et c’est encore plus grave. Le mode de vie pavillonnaire nous conduit dans une impasse. Et les impasses, c’est mal ! Elles isolent les gens, elles les empêchent de rencontrer d’autres personnes. Et encore une fois, cela n’a pas l’air d’alarmer les habitants de ces pavillons qui vivent repliés sur eux-même. Se rendent-ils seulement compte du danger qui les menace ? Souhaitent t-ils adopter le même mode de vie que les Médocains ? Car c’est bien cela le danger, et la péninsule médocaine est là pour nous le prouver. Ce territoire isolé a connu ces dernières décennies un développement pavillonnaire démesuré. Ce mode d’habitat y est devenu hégémonique et les modes de vie se sont alors transformés. L’isolement, l’échec scolaire, le manque de métissage culturel et les accidents de chasse si courant dans le Médoc sont générés par l’habitat pavillonnaire. Egaré dans une maison parmi 10 000 maisons identiques, le jeune médocain perd ses repères et ne parvient pas à rencontrer quelqu’un faute d’espace public. Il n’a alors pas d’autres choix que de s’enfermer avec ses proches. Cette promiscuité conduit irrémédiablement à un geste fou tel qu’un coup de fusil de chasse. Les gens comprennent-ils qu’avec la généralisation des lotissements pavillonnaires on assistera à une généralisation du mode vie médocain ? Les gens sont-ils prêts à vivre comme à Lesparre-Médoc ? Est-ce un projet de civilisation souhaitable ? NON ! Le manque d’urbanité est une menace trop grande.
C’est très grave et surtout irrémédiable. Cristina Conrad rajoute dans un article de Libération (Le pavillonnaire, un mauvais remède aux grands ensembles - Libération 16 septembre 2006) :
« Dans les lotissements, on fait des voies en impasses, en trèfle, qui sont pensées pour ce type d’habitat. On dessine aussi des voies en forme de raquette qui doublent les rues et, du coup, les jardins, l’espace privatif, intime se retrouvent face à la rue. Normalement, dans l’urbanisme bien fait, les maisons sont alignées ou clôturées, les jardins sur l’arrière et les intérieurs d’îlot sont verts. Une fois que c’est construit, il est très compliqué de refaire le découpage des parcelles, de redessiner la voirie. »
A l’instar des grands ensembles dont le seul remède efficace est la démolition-reconstruction, il est indispensable d’engager un projet interventionniste pour les lotissements. Et ce n’est pas sûr que la densification douce entre les pavillons soit suffisante. Si nous ne sommes pas capables de remplacer les maisons individuelles par des immeubles d’au moins 2 étages, la menace médocaine pourrait s’étendre à la France entière. N’oublions pas que chaque région possède son Médoc. Un territoire pavillonnaire isolé que les lumières civilisatrices de la ville ne parviennent pas à éclairer. Et nous verrons à coup sûr des projets de péninsules urbaines se multiplier et le niveau d’éducation de nos enfants régresser. Plus que jamais, la place de la France dans la hiérarchie mondiale est en danger.
Lotissement pavillonnaire = mode de vie médocain
François Dumont
Ingénieur-urbaniste (référent écoquartier)
C’est vrai qu’un enfant, et surtout un ado, n’a pas spécialement envie d’aller vivre dans un lotissement pavillonnaire
J’avoue que le goût de la tranquillité m’amènerait à envisager cette solution mais vos arguments sont très solides. Bonne continuation
Bonjour , je vis en lotissement et les maison sont toutes différentes
mon terrain fait 800 m2 aucun voisin proche
j’ai quitter le quartier comme ont dit
mes enfant sont heureux , en banlieu ma fille avait été agréssé dans son école par 4 garçons ( coup bleu la totale les prof n’ont pas bougé ) ici elle est heureuse et libre, elle recommence à se projeter dans l’avenir .
notre ville compte 2000 habitants mais nous avons tout à 7 minutes a pied (poste 3 boulangerie fleuriste charcuterie 2 supermarché ect… meme un MAC.D c’est pour vous dire.
Le collège et la primaire-Maternelle on y va a pied que demander de plus !
Il suffit de sortir du lotissement , 1 rue pour etre exact et là se trouve un grand parc avec terrain foot tennis basket piscine municipale
Nous sommes à 60 km de lyon (donc le mari fait 50 minute de trajet pour aller au boulot c’est le seul inconvénient, et je dois dire qu’il trouve pas ça long )
Avant au quartier les enfants ne sortaient pas de l’apartement car dans la cité les autres étaient très agressifs ( beaucoup de voisins faisaient pareil) Alors je dis vive les lotissements , mes enfants ont de nombreux amis ici et ils ont repris le sourire .